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Lorsque la prière fait peur...

01 Déc 2022 ArboleSens

            Le 18 Octobre, 

 

Je n'ai pas attendu la soirée pour écrire...Besoin de décharger. 

               Une matinée en enfer. J'ai tout eu, tous les signes d'une fin de vie anticipée. Un cauchemar absolu. Sans excès dans les mots que je vais utiliser maintenant, je n'ai jamais eu aussi peur pour ma vie. Je pensais que j'allais basculer dans la mort chaque minute passée dans ce bus, sur ces routes tellement dangereuses du Népal. Des heures abominables à entrevoir chaque mètre parcouru comme un puit sans fond. 

               Nous sommes partis ce matin de Tatopanie, direction Muktinath. En route pour 3 heures de bus local. Après avoir attendu plus d'une heure l'arrivée du chauffeur, rapidement, je me suis rendu compte que celui-ci n'était pas comme d'habitude. La tôle plus froissée, l'intérieur plus défoncé...bref un bus dans un piteux état.

            Pourtant, nous sommes quand même montés, et on nous a placés à l'avant droit de cet engin (côté fenêtre derrière le chauffeur). Alors que je me suis introduite avec difficulté sur le siège, le sac sur les genoux, j'ai réalisé que j'étais la seule femme au beau milieu d'une population exclusivement masculine et népalaise. Cette fois-ci, ni femmes, ni enfants. Un peu étrange, et pourtant...je suis restée.

A ce moment là je ne le sais pas encore, mais je m'apprête à vivre le pire moment de ma vie.

              Alors que le bus démarre, quelques centaines de mètres plus loin, première pause pipi. Arrêt pendant au moins une demi heure. La musique est à fond, la poussière s'est déjà emparée de l'espace intérieur. Je reste néanmoins assise, avec mon sac de 15 kg sur mes jambes repliées. 

                 Une fois le bus à nouveau chargé, bien bien chargé, le chauffeur redémarre. Et comme d'habitude la conduite apparaît déjà sportive. 

               La pluie de ces derniers jours semble avoir laissé des traces sur les routes. En contre bas, le rivière bouillonne toujours. Nous longeons la falaise sur notre gauche. J'observe l'hostilité de la nature qui m'entoure, comme ci les rochers voulaient nous pousser vers le torrent qui se trouve à ma droite. Et c'est le cas, avec la mousson, des pans de routes entiers ont glissé dans ces eaux dévorantes, laissant la piste dans un triste état. D'importantes portions sont abîmées, voire absentes ou encore envahies de sable et de cailloux.

             Je remarque que la route est terriblement dangereuse de part son inexistence. Alors que j'ai la tête collée sur la vitre, mon coeur s'affole. Je ne vois plus de route, pas un centimètre de terre dépasse de la carrosserie. Je lève les yeux devant moi, et je découvre en effet que notre bus est bien plus large que le sentier sur le lequel nous avançons à faible allure. A gauche, la falaise rocheuse, à droite (bien plus bas), le torrent déchaîné. 

           Collée dans le siège pourri du bus, je respire  comme jamais. Je vais spontanément chercher l'air au fond de mon ventre, je suis terrifiée. 

           Quand je me tourne vers Mohan, je vois qu'il a les yeux rivés sur le pare-brise. Il ne bouge plus, tout comme les autres personnes d'ailleurs. Le chauffeur se cramponne à sa portière. De temps en temps, son téléphone sonne, et il décroche. Le moteur ronfle tandis que péniblement  nous cheminons sur cette route de la mort. 

            A aucun moment je ne pense à fermer les yeux, je suis en alerte permanente, chaque seconde m'angoisse. Je sens une émotion forte monter dans ma gorge. Je m'adresse à Mohan et lui demande : "mais toi aussi tu as peur?"

Il me répond "Oh oui, c'est très très dangereux". Je prends conscience de la force de ses propos (Mohan a peur!!!! je suis donc bien en danger). 

          Je suis terrifiée, je regarde les autres personnes derrière moi, et je m'aperçois que le silence et l'inquiétude ont gagné tous les visages, certains d'entre eux sont en train de prier. Intérieurement, je suis affolée, je regarde à nouveau derrière la vitre du bus, et découvre des carcasses de camions en contrebas. C'est trop!!!!

              Alors que je cherche difficilement mon souffle, bien plus en profondeur pour me recentrer, et me calmer, je dis à Mohan : 

-"tu es fou de m'amener dans ce bus pourri, on va tous mourir ici. C'est n'importe quoi, tu ne dois pas emmener des touristes dans des lieux comme ça ! J'ai des enfants, ce n'est pas possible. descends moi de là!".  Mohan ne me répond plus, son regard reste figé, je crois qu'il ne sait plus quoi faire, il est dans l'évitement. 

           Je comprends que personne ne me fera descendre, je suis prisonnière de cette carcasse métallique. 

Je respire et questionne à nouveau Mohan: 

"Combien de temps dure ce trajet?"

Il me répond : "47 km".

               Je suis sidérée....J'ai l'impression que je suffoque intérieurement. C'est un réel exercice de recentrage méditatif. La force et la puissance de ma respiration sont ma propre prière intérieure. Est-ce mon heure? Oui ou non? Faire confiance au chauffeur, à ma destinée, à Dieu....

           Les heures furent interminables. Mais si j'écris maintenant, c'est que je ne suis pas morte. Merci à l'univers. Une fois en haut, je découvre un paysage de steppe mongole. Le froid et l'altitude l'emportent. Pas de verdure, juste de la roche, de la terre et du sable. Autour de nous, les pics enneigés des Annapurnas. Je me sens vulnérable. Mon esprit a quitté mon corps. Il faut que j'atterrisse enfin. 

            Nous nous dirigeons vers l'hôtel dans un silence absolu. Je n'ai pu dire un seul mot depuis que j'ai posé le pied au sol. Je me trouve en haute montagne, avec un guide qui n'est en fait, depuis le séisme de 2015, un marchand de thé dans les rues de Katmandou. Il a 55 ans, et la vieillesse népalaise semble l'avoir emportée. Mohan ne répond pas lorsque je lui dis que j'ai peur : le glissement de terrain du début du trek, la cascade qu'il souhaite traversée, les lodges miteux, les "pas de places dans les lodges", et enfin ce bus de la mort.

           Je me dis que Mohan n'est pas en mesure d'anticiper quoi que ce soit. Et je pige maintenant, alors que nous sommes à 4000. Je sais que traverser le Thorung avec Mohan me pose un sérieux soucis de confiance. Je ne suis même pas sûr qu'il ait un pansement dans son sac si je me fais mal....Sérieux, je ne le sens pas. 

             Nous partons à la recherche d'un toit pour la nuit. Après le traditionnel premier refus, nous parvenons à trouver un hôtel qui veut bien de nous. Je reste silencieusement méfiante. Mohan le sait, le sens et le voit. Avant même de me montrer la chambre, il m'installe pour le déjeuner. Je lui dis que je souhaite rester seule pour un temps. Je rumine en reprenant mes esprits. Je ne peux pas aller avec lui là haut. Je regarde cette foutue carte du circuit des Annapurnas, je ne vois pas comment je peux descendre si ce n'est de faire marche arrière, à pieds bien sûr. 

             Mohan revient vers moi, l'air gêné, me proposant un black tea. Et là, bingo, je me lâche. Je lui dis que non, pas de black tea, moi je veux un vrai guide, un guide qui ne me met pas en danger, un guide pour qui je peux avoir confiance....Je lui dis que je suis en colère après lui, que jamais il aurait dû me faire monter dans ce bus de la mort. Et que je n'irai pas avec lui à 6000. Je poursuis en lui demandant s'il sait là-haut comment c'est? 

              A cet instant, je comprends. , Il est en train de perdre tout ses moyens, mon attitude y est pour quelque chose. Mais mon exaspération n'est pas au bout de ses peines. Il regarde à gauche, à droite, et demande au premier guide qui passe s'il sait, lui, comment c'est là-haut.

Et je me dis alors que ce n'est pas du tout prudent d'y aller avec lui. Je ne sais pas quoi faire, d'autant que le guide lui a répondu qu'il fallait des crampons pour monter. Bien évidemment, nous n'en avons pas. 

             Etant encore sous le choc émotionnel du bus, je me décide à contacter Tom (pour me soutenir). Au son de sa voix, je ne peux retenir mes larmes. Je libère, il faut que ça lâche. Qu'est ce que ça fait du bien! Après quelques minutes d'un échange efficace, nous décidons d'en informer Bhim, le directeur de l'agence de voyage, afin de lui faire part de la situation, et de mon souhait de changer de guide. 

           Ce que je fais dans la foulée. Bhim m'écoute et sans surprise il dit oui à tout. Néanmoins, il me signale que je changerai de guide lors de mon arrivée à Pokhara. Il me faut donc redescendre à pied. Six jours de marche, c'est parfait c'est le nombre de jours qu'il nous reste dans les Annapurnas. Je suis blasée, mais la solution est là, devant moi. 

(...)

           Mohan avait raison, le black tea est un bon moyen de se poser et de retrouver ses esprits. Après une grande discussion avec lui au sujet de la confiance, et de notre approche différente du danger (et pas seulement), je m'aperçois que mes propos l'ont beaucoup affectés. J'en suis tellement désolée, et pourtant, je ne peux lui dire autre chose. 

            Face au danger, Mohan prie naïvement les Dieux qu'il honore. Je comprends alors que cette spiritualité est un dogme, une tradition culturelle et familiale, une référence qui n'appelle pas l'esprit critique. Par manque d'instruction, Mohan est sans doute comme beaucoup de népalais, dans un mimétisme spirituel, qu'il ne parvient pas à incarner. J'ai le sentiment que le corps est absent. Pour quelles raisons? pourquoi?

J'ai soudainement l'impression d'être face à une vitrine. Une magnifique spiritualité, une leçon sur la tolérance, la gentillesse, la bonté et pour autant une souffrance étouffée. 

           Un tel esprit de sacrifice, une condition humaine d'une pauvreté incroyable, malmenée par un gouvernement corrompu, où les lois en matière de caste ne leur laissent que peu d'espoirs d'évolution. Une population de l'effort, du mérite, tout ça pour quoi? Des animaux sacrés rachitiques, une terre et des rivières polluées, une déchetterie de plastiques grandissante, des gamins dans la misère, une politique de soins inaccessibles, des chips aux fausses épices saveur curry viennent remplacer le traditionnel dal bath. Tout ça pourquoi?  A quoi sert cette spiritualité sans corps si ce n'est de vivre mieux le quotidien? 

Soudain, je suis prise de tristesse et de désillusion lorsque je me rends compte de cette supercherie. Je ressens de la compassion, de la pitié et de l'indulgence pour cet homme démuni qui se tient devant moi, et qui ne parvient plus à bouger. A cet instant, je me sens médiocre et tellement ignorante.  

Je comprends alors que l'éducation et la sensibilisation d'une approche corporelle est fondamentale pour garder un peuple vivant. Tant que que ces silhouettes colorées erreront dans la sphère haute, les politiques continueront à envoyer autant de népalais au Qatar pour une coupe de monde malsaine, dans des conditions abominables, sans que personnes ne se plaignent. Les veuves meurtries continueront à pleurer leur maris. Les népalais continueront à prendre des risques considérables sur leurs routes pourries et s'empoisonnerons en pensant que les dieux ne leur offrent que cette destinée.

        Je viens de comprendre et d'expérimenter l'essence même de la spiritualité : celle du lien fondamental entre Présence et Conscience. J'entends vibrer la puissance de ces mots en moi. 

(...)

            Après la découverte cet après midi du monastère de Muktinath, je suis de retour dans ma chambre. La haute altitude rend les murs glacials, et mon duvet également. Ce soir, pas plus de 5 degrés.

          Demain, Mohan et moi emprunterons la piste poussiéreuse pour redescendre. Cette journée a été vraiment formatrice. J'ai compris l'importance du corps dans le spirituel. Sans cette incarnation, la spiritualité n'est que volupté, une effluve par définition sans consistance.

            Je découvre alors la préciosité de mon art en matière de libération émotionnelle, et la nécessité de rendre la conscience présente, et la présence consciente. Voici ma mission, maintenant c'est intégré.

Merci mon Dieu, pour tout ça....

 

 


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